Introduction de mon mémoire, "une nouvelle lecture de la mesure".
Mesurer c’est compter, comparer, quantifier des phénomènes physiques, chimiques, biologique. Les ingrédients sont toujours identiques: une unité, un instrument de mesure, une valeur numérique. Chaque jour sans même y penser nous mesurons: quelle heure est-il? Quel est mon poids? Quelle est la température extérieure?
Chaque jour nous sommes confrontés à la mesure. Les instruments de mesure sont partout autour de nous. On les retrouve dans notre cuisine, dans notre salle de bain, dans notre voiture, au travail. Ces appareils plus ou moins scientifiques répondent à un système propre à son domaine d’application. Ainsi on connaît la température ambiante d’une pièce en degré Celsius, notre poids en kilogramme ou encore la vitesse de notre véhicule en km par heure. Tous ces systèmes de mesure évoluent grâce aux progrès technologiques que nous réalisons depuis plusieurs siècles. On se retrouve donc actuellement face à des appareils de plus en plus sophistiqués qui promettent une précision de plus en plus élevée. Ces instruments possèdent les dernières innovations techniques. Pour connaître son poids, on utilise des pèse personnes électronique avec affichage digital. Une fois pesé, la balance affiche un poids au gramme près. De la même manière, on peut connaître avec les derniers thermomètres à affichage digital, la température extérieure et celle de son foyer simultanément avec une précision intraitable.
Tous ces progrès sont en accord avec notre volonté d’améliorer notre confort. Ils coïncident avec l’engouement général en matière de «nouvelles technologies». Dans le domaine de la mesure cela se caractérise donc par des instruments plus précis et plus fiables.
Le fait de vouloir aller vers des outils de plus en plus sophistiqués est donc logique mais est-il vraiment indispensable de pousser la plupart des appareils de mesure vers une exigence de précision si grande? Qu’en est-il de la compréhension du résultat obtenu par une pesée au gramme près ?
L’intérêt de pousser une partie des instruments de mesure vers un excès de précision semble même contradictoire vis à vis de la nature des phénomènes étudiés.
Ainsi, lorsqu’on mesure notre poids, ou une température on obtient un résultat chiffré provenant d’un système de mesure défini par des scientifiques. La relation mathématique est commune à la majorité des mesures. Mais que représente 60,8 kilogrammes concrètement pour le commun des mortels? La signification de la mesure est liée à l’appropriation des données chiffrées, elle est dépendante à des échelles, des graduations, des énumérations de nombres.
Afin de suivre cette pensée, on peut se pencher sur les anciens systèmes de mesure. Pour mesurer des distances, on utilisait des systèmes issus de notre propre corps. On mesurait en pouces, en coudées, en pas, ... Ces méthodes n’étaient pas fiables et peu précises mais elles sont bien plus efficaces en terme de compréhension. Il est également évident que l’utilisation du pas et bien plus représentatif que celle du mètre qui est issu du domaine scientifique.
Il va de soi que l’intérêt n’est pas de remettre en question les systèmes de mesure comme le système métrique ou les échelles de températures. Ici, ce qui est important en terme de démarche de design, c’est de souligner le défaut de signification de certains appareils de mesure afin de songer à des processus plus naturels plus proches de l’utilisateur. On cherchera donc à opter pour des scénarios d’usages ou des domaines ou l’exactitude de la mesure n’est pas prioritaire. De ce fait, on peut dire que le rôle du designer est en quelque sorte «d’humaniser» les instruments de mesure afin qu’ils soient compréhensibles pour les utilisateurs. Une telle démarche a pour but de s’éloigner de l’aspect quantitatif et de tendre vers une approche plus qualitative de la mesure. Pour accompagner cette réflexion il semble évident de s’appuyer sur nos sens et se rappeler que la mesure est issue de nos expérimentations et nos expériences du quotidien. Etant donné que les instruments et les systèmes de mesure sont tous issus de réflexions scientifiques antérieures on peut également songer à exploiter leurs richesses historiques et formelles. Pour véhiculer ces notions il semble évident d’employer des tonalités nouvelles et contraires au statut scientifique. En effet, envisager de véhiculer la mesure par l’humour, le détournement ou la citation permettrait de la rendre plus abordable et plus attractive.
La posture du designer se retrouvera donc dans l’appropriation des différents domaines étudiés et amènera à mieux appréhender l’aspect scientifique et arbitraire de la mesure.